Tatiana Golovin a décidé de prendre son temps afin de revenir dans les meilleures conditions.
Après une année cauchemardesque, ponctuée par une appendicite, un kyste à la hanche et des douleurs au dos, Tatiana Golovin entrevoit le bout du chemin. Son inflammation au dos se résorbe, la Française s'entraîne physiquement et souhaite désormais ne pas précipiter sa reprise. «Cette saison, il faut être réaliste. Il vaut mieux faire deux bons mois d'entraînement et reprendre en Australie.» Tati a retenu les leçons, données par son corps, mise aujourd'hui sur la patience et revient en exclusivité sur cette saison galère avec comme crève-coeur, les Jeux Olympiques : «Quand j'ai pris l'avion, j'étais sûre à 100% de jouer. Il n'y avait pas de doute. Avec le voyage, le climat et l'entraînement, j'ai commencé à sentir des douleurs. J'étais vraiment perdue. J'étais là-bas, j'avais envie de jouer et je ne pouvais pas. C'était le moment le plus difficile de l'année.»
Tatiana Golovin, comment allez-vous après tous vos ennuis de santé ?
Cela va bien. Je suis rentrée de Londres et je suis actuellement à Paris. Je fais des tests médicaux, des prises de sang et une IRM. L'inflammation commence vraiment à partir, il ne reste presque plus rien. C'est vraiment une très bonne nouvelle.
D'où vient cette accumulation de blessures ?
C'est une accumulation de choses. Ce mal au dos, survenu en janvier, est une conséquence. J'ai fait beaucoup, beaucoup d'efforts toute ma carrière. Je joue depuis sept ans et mon corps connaît un moment de faiblesse. L'année dernière, j'ai très bien fini la saison. J'étais 12e mondiale et j'ai enchaîné beaucoup de matches. J'ai connu beaucoup de stress au niveau corporel et mental. Après cette fin de saison, j'ai tout de suite enchaîné. Je n'ai peut-être pas pris assez de repos. Je n'avais peut-être pas assez récupéré et à un moment, mon corps a commencé à dire qu'il fallait y aller doucement. Je me disais : je suis jeune, mon corps va bien. Je n'ai peut-être pas prêté assez attention à mon corps. Il faut que je remette tout en ordre avant de repartir. Depuis l'âge de 7 ans, je m'entraîne tous les jours, j'ai passé beaucoup d'heures sur le terrain avec la chaleur, les décalages horaires, la fatigue. Puis il y a eu le kyste et l'appendicite.
Aujourd'hui, vous allez prendre votre temps.
Avec l'expérience, j'ai appris. Avec mes entorses à la cheville, j'ai toujours voulu recommencer plus tôt pour aller jouer en Fed Cup ou les Grands Chelems. En fin de compte, j'ai fait plus de mal que de bien à mon corps. C'est la raison pour laquelle je ne reprends pas tout de suite même si l'inflammation commence à baisser et que je me sens de mieux en mieux. Je veux prendre mon temps et revenir plus forte que jamais, avec aucun pépin de santé. Je suis très ambitieuse, je n'ai pas envie de revenir pour faire un ou deux tournois et jouer moyennement. Je me suis déjà prouvée que je pouvais battre les meilleures joueuses et que je pouvais être dans le Top 10.
Avez-vous beaucoup douté pendant cette période d'arrêt forcé ?
C'est le pire des cauchemars pour un athlète. Sans notre corps, on ne peut rien faire. Au départ, il n'y a eu pas mal de diagnostics différents. Je ne pensais pas que cela pouvait être aussi grave. On a peut-être perdu un petit peu de temps. Avec l'expérience, je sais qu'il faut toujours être à 100 % dans le sport de haut niveau. Il y a beaucoup de contraintes mentalement et physiquement. Il faut revenir uniquement quand tout va bien et lorsque tous les tests sont positifs.
Et moralement, comment avez-vous vécu cette période ?
J'ai connu beaucoup de hauts et de bas. Parfois, je n'étais pas bien du tout. A d'autres moments, j'étais bien, j'avais de l'espoir et je me disais que je reviendrais. Actuellement, je suis dans cet état d'esprit. Je sais que je vais revenir et que cela va très bien se passer. C'est juste une question de patience. C'est un peu comme un test pour voir ma volonté de revenir et de rejouer. Je remercie tous les gens qui étaient près de moi pour me soutenir dans ces moments difficiles. C'est très bouleversant dans une carrière. Toute ma vie, j'ai joué au tennis et je n'ai pensé qu'à cela. D'un coup, je n'avais plus le tennis et il fallait faire autre chose.
Qu'avez-vous fait ?
J'ai passé beaucoup, beaucoup de temps chez les médecins avec les scanners et les prises de sang. J'ai les bras tout bleus ! En même temps, j'ai essayé de profiter mes amis et de ma famille et de garder le moral. J'ai essayé de ne pas trop regarder les tournois. Chaque fois que je regarde le tennis, je me dis que je pourrais y être. Chaque fois que je regarde un match, j'ai envie de m'entraîner directement. Avec les Jeux Olympiques, j'ai eu beaucoup d'espoirs. Je pensais que j'allais pouvoir reprendre. J'avais fait trois semaines d'entraînement, je faisais des matches, j'étais vraiment prête à jouer.
Que s'est-il exactement passé à Pékin ?
Quand j'ai pris l'avion, j'étais sûre à 100% de jouer. Il n'y avait pas de doute. Je jouais bien et je commençais même à me faire des idées de médailles. J'avais envie de gagner comme dans n'importe quel tournoi. Avec le voyage, le climat à Pékin, la fatigue et l'entraînement avec les filles là-bas, cela a été un peu trop. C'était prématuré. J'ai commencé à sentir des douleurs. J'étais vraiment perdue. J'étais là-bas, j'avais envie de jouer et je ne pouvais pas. C'était le moment le plus difficile de l'année. Quand il y a les Jeux Olympiques, on ne pense au temps nécessaire pour récupérer, on pense à jouer. Je l'ai très mal vécu ce forfait. On a parlé avec le docteur, j'ai essayé de rejouer, j'ai pris des médicaments, j'ai fait de la mésothérapie. On a tout fait pour que je puisse jouer. J'ai dû prendre ma décision au dernier moment. C'était très dur parce que je me disais : «Essaie de jouer, entre sur le court». Si j'avais fait de la figuration comme à Berlin, je l'aurais regretté.
Aujourd'hui, quel est votre programme ?
Je fais uniquement du physique. J'ai des bons centres de soins à Londres. J'attends de ne plus avoir mal nulle part, de voir que tous les tests médicaux sont positifs. A ce moment-là, soit je rentrerai aux Etats-Unis, soit je m'entraînerai à la Fédération, soit je retrouverai un entraîneur. C'est le prochain pas à faire. Il faut rester positif. Je ne me suis pas donnée de date parce que je me suis donnée des dates toute l'année. Cela ne sert à rien, il ne faut pas brusquer les choses car on se met davantage de stress et la situation ne fait qu'empirer. Il faut du temps. Cette saison, il faut être réaliste. Je rate toute l'année, ce n'est pas dans les cinq derniers tournois que je vais faire quelque chose. Il vaut mieux faire deux bons mois d'entraînement et reprendre en Australie.
Ces blessures vous font-elles revoir votre programmation pour l'an prochain ?
Cela m'a fait beaucoup mûrir et réfléchir par rapport à la façon dont je gérais ma carrière et ma vie. Aujourd'hui, je sais qu'un corps de haut niveau n'est pas un corps normal. Quand on est joueur de tennis, on ne peut pas vivre la vie des gens "normaux". Il y a beaucoup de sacrifices à faire. Peut-être que je ne les faisais pas avant, cela m'a fait réaliser à quel point je suis sensible. C'est l'hygiène de vie, la façon de s'entraîner, l'enchaînement des tournois en gérant mieux sa programmation. Je sais que la santé est importante et je ne prends plus rien pour acquis. Il faut mieux gérer sa vie, tout simplement.»